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Le monde a les yeux fixés sur la course électorale américaine. C'est bien la preuve du rôle déterminant que les États-Unis exercent. Au moment où j'écris, peu de choses sont certaines sur cette formidable confrontation. Évidemment, si les Américains confiaient aux Européens le soin de désigner leur président, Barak Obama serait élu.
Le jeune sénateur de l'Illinois n'est pas entièrement d'origine européenne, mais il a la grâce et la distinction qu'on prête à la vieille Europe. De surcroît, il a fait à Harvard d'excellentes études et surtout il contredit l'image belliqueuse que les Européens se font de l'Amérique de Bush. A l'opposé, John McCain, issu du parti républicain, fils et petit-fils d'amiraux, héros de la guerre du Viêt Nam, où, comme pilote de la Navy, il a combattu, a été fait prisonnier, et, longtemps incarcéré, a résisté à la torture et à l'endoctrinement, fait figure de belliciste.
Les Européens expriment ainsi plus des sentiments et des ressentiments que des raisons. L'élection est incertaine à cause de la nature des personnalités en lice et de la situation économique. Chacun des candidats correspond à un type contrasté. Obama est jeune et peu expérimenté. Il est le fils d'un Africain et d'une américaine blanche. Il est donc, selon les critères de la couleur, le premier candidat noir à la présidence, sans descendre, comme son épouse, des esclaves africains que la traite négrière amena en Amérique. Il a choisi un vice-président âgé, vieux routier de la politique étrangère au Sénat, ardent partisan de la guerre en Irak au moment où elle fut décidée.
Obama, par ses origines, son âge, son éloquence, incarne le rêve américain. Le terme, The Dream, est d'ailleurs la métaphore consacrée qui exprime l'idéalisme dans un pays peuplé d'immigrants où l'espoir importe plus que le passé. Le candidat démocrate fait appel à la tradition de son parti au XXe siècle, celle des Wilson, Franklin Roosevelt et Kennedy, politiciens froidement réalistes (il faut l'être pour conquérir ce poste et exercer ce métier), mais dotés d'une auréole progressiste et partisans de réformes sociales.
McCain est tout le contraire. Il s'était déjà porté candidat à la nomination au sein du parti Républicain et c'est un vieux législateur du Sénat. S'il dénonce Washington, il en est familier depuis plus de trente ans. Il a choisi une vice- présidente, jeune gouverneure de l'Alaska qui tire au fusil, et promène son fils infirme pour témoigner de son horreur de l'avortement. Ce n'est pas délicat, mais cela sert à convaincre la droite religieuse. Par ses origines et son histoire personnelle, McCain incarne la tradition et le devoir. Aussi invoque-t-il Théodore Roosevelt, oncle de Franklin, mais républicain et glorieux cavalier lors de la guerre que firent les Américains aux Espagnols, à la fin du XIXe siècle. Il invoque aussi le Républicain Lincoln, assez déterminé pour ouvrir la Guerre de Sécession qui a soudé la Fédération et aboli l'esclavage. En matière économique et fiscale, il est conservateur, mais favorable à l'immigration ce qui le rend populaire auprès des latinos.
Comme en tout homme et en tout électeur cohabitent un conservateur et un progressiste, un homme fidèle au passé et un homme qui souhaite plus de justice, le caractère typé des candidats crée une incertitude. Par leur vice-président, par leurs discours les candidats atténuent cette opposition, mais elle demeure et elle obligera chaque électeur à renoncer à une partie de lui-même. C'est la première raison qui rend l'élection incertaine. Car, logiquement, le candidat démocrate devrait l'emporter : Bush et les Républicains sont devenus impopulaires, l'alternance est souhaitée, McCain serait le plus vieux président élu (à un premier mandat). Tout cela favorise Obama.
Mais, aujourd'hui deux autres incertitudes demeurent, dont l'une persistera jusqu'au bout. Comment les électeurs vont-ils juger les conséquences de la récente crise financière ? Une mauvaise situation économique doit favoriser Obama, parce qu'il est démocrate. Les électeurs peuvent, au contraire, faire confiance aux Républicains parce qu'ils auraient résisté au choc. Les sondages nous renseigneront vite sur ce point essentiel. En revanche nous continuerons d'ignorer le rôle que jouera le fait qu'Obama soit noir. Comme le sujet est tabou, les sondés et les sondages ne disent rien de sûr. Comme il n'existe pas de précédent, aucune interprétation n'est possible. Si ce facteur intervient en défaveur d'Obama, pour des électeurs qui devraient voter démocrate, il sera décisif.
De ce point de vue, aussi, l'élection sera décisive, car, si Obama était élu, l'image des États-Unis dans le monde serait transformée favorablement et cela ne serait pas sans conséquence.
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