| | Et puis, un document, un de ces documents qui vous remettent du baume au coeur, a été rendu public. Certes, c'était un non-événement tant ce texte est vain, mais il offre l'avantage de diviser l'île en deux blocs.
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On s'apprêtait à mourir d'ennui. Les nationalistes étaient tout occupés à se diviser, la droite insulaire à se déchirer ce qui fait qu'elle perd les élections qu'elle a gagnées et la gauche, elle, attendait sagement que ça se passe. Elle sait désormais qu'elle doit s'alléger de certains de ses dirigeants historiques qui sont d'ailleurs tout à fait disposés à passer la main pour, espère-t-elle, s'emparer de l'exécutif de la collectivité territoriale.
Il y avait bien les écologistes qui s'activaient, car c'est dans leur nature, mais bon ! une centrale même pas nucléaire, ici, un barrage qu'on sait être indispensable, là, c'est loin de vous mettre d'entrain.
Ainsi on s'ennuyait ferme. D'autant que proposer une façon de développer cette île personne (ou quasiment) n'en a ni la volonté, ni l'envie et sans doute pas intérêt. Faut-il s'embarrasser de la lourdeur d'un outil productif, quand on a le niveau de vie de la plus pauvre région d'un pays riche ? Ça se discute. Il y a des territoires qui s'y sont risqués pour un profit qui est loin d'être évident.
Même les clandestins avaient du vague à l'âme. La baisse tendancielle du nombre des attentats montrait que le coeur n'y était plus. Il faut dire que les mouvements publics « solidaires » leur en font de belles. En clamant haut et fort un soutien sans faille à la lutte armée et en refusant de condamner la violence quelque forme qu'elle prenne, comme en 1999, ils cassent la baraque électorale et s'imposent comme seule force d'opposition au clan. Terrassés les modérés. Aussi qu'avaient-ils besoin d'aller les repêcher du diable vauvert où ces modérés croupissaient et les remettre en selle pour le scrutin suivant. Ingrats qu'ils sont, ils ont tout gardé pour eux. Ils remplissent désormais les conseils municipaux tandis que leurs alliés d'hier font le pied de grue devant les hôtels de ville. Vous parlez d'une ratatouille. Du coup, les indépendantistes ont décidé de (re)faire bande à part. Et non sans de sacrées perspectives : l'un de leur nouveau leader, Paul-Félix Benedetti, n'a-t-il pas déclaré, à la tribune des Journées internationales de Corte, que « la Corse de demain, du jour au lendemain, sera plus riche que la Corse avec la France ». Si dans un second discours, il arrive à expliquer comment, nul doute que la nouvelle structure, Corsica Libera, ne sera pas loin de 100 % des suffrages et de barrer la route aux coalitions qui se dessinent à gros traits.
Donc, on n'était pas loin de l'abîme. Et puis, un document - le PADDUC (plan de développement durable de la Corse) -, un de ces documents qui vous remettent du baume au coeur, a été rendu public. Certes, c'était un non-événement tant ce texte est vain, mais il offre l'avantage de diviser l'île en deux blocs ; et on a beau dire, mais c'est dans cet exercice qu'elle se sent le plus à l'aise retrouvant une insoutenable vigueur
On a donc d'un côté, la majorité qui se serre de nouveau les coudes ; de l'autre côté, les forces d'opposition qui peuvent enfin se rassembler dans le rejet d'une proposition. Ce faisant, les premiers disent « oui » à rien ; les seconds « non » à pas grand-chose. Ainsi va la Corse au fil des jours.
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