| |
Jamais depuis les premières vagues de la décentralisation de 1981, n'avait pesé sur la Corse - en dépit du rideau de fumée qu'a constitué la tenue d'un conseil des ministres à Ajaccio en octobre 2007 - une telle menace sur les services publics d'État comme sur le fonctionnement des collectivités locales.
La décision de fermer le CREPS afin de recentrer, sur un nombre limité de sites, ces centres de formation pour sportifs de haut niveau, en fournit un nouvel exemple. Car comme le pense Bernard Laporte, le ministre des sports, - même si en l'occurrence le verbe est excessif - la dissémination des structures sur l'ensemble du territoire est contraire à l'objectif recherché. Voilà pour l'actualité.
Mais au fil des mois de la présidence de Nicolas Sarkozy, on peut relever le combat des maires des petites communes aux quatre coins de l'île pour conserver un dernier pan de présence postale. L'échelon des villes secondaires n'est pas davantage épargné : qu'on se reporte aux velléités de fermeture du service mobile d'urgence et de réanimation de Bonifacio pour des raisons strictement comptables.
En fait, c'est le monde rural dans son ensemble qui est touché à mort en tant que terre d'activités, et où le secteur agricole connaît ses derniers soubresauts. Faute d'un revenu décent qui d'ailleurs s'est fortement dégradé ces deux dernières années, il n'y aura bientôt plus d'hommes, même pas pour manifester leur mécontentement. Et les crédits distribués par l'ODARC apparaissent de plus en plus comme une avance sur funérailles.
La pression se fait sentir aussi sur les départements et les régions parce que l'État se refuse à accompagner ses transferts de compétences d'une dotation financière équivalente. Quant aux villes, elles viennent d'avoir une idée de ce qui les attend. Ajaccio par exemple a bien failli être exclu, comme 238 autres agglomérations, de la dotation de solidarité urbaine pour in extremis bénéficier d'un sursis d'un an. Quant aux collectivités insulaires dans leur ensemble, elles ne doivent de conserver la compensation de l'État sur le manque à gagner de la taxe professionnelle que grâce à un amendement déposé par Nicolas Alfonsi au sénat, mais - chacun en a conscience - ce n'est jamais que partie remise.
Cette offensive en règle contre l'expression d'une politique de proximité n'a rien à voir chez Sarkozy avec l'idéologie et un retour en force des principes jacobins. Pas du tout, ce ne sont pas des problèmes qui l'agitent. Il s'agit de la simple mise en application de son programme électoral que les Corses ont d'ailleurs approuvé à une majorité écrasante.
Comme tout libéral conséquent - mais il faut reconnaître qu'ils ne sont pas très nombreux surtout parmi les élus corses - le président de la République est convaincu que l'État est essentiellement menteur.
En voulant à toute force gommer les inégalités, il empêche les territoires ou les individus de se prendre en main, de mobiliser leurs forces et de contraindre leurs faiblesses. À force d'intervenir pour prendre en charge tous les handicaps - c'est bien ce qui se joue, en Corse et ailleurs, en ce moment même, autour de la disparition des enseignants spécialisés -, c'est la société tout entière qu'on plombe. Il est donc urgent d'établir une distinction entre ce qui est dévolu au caritatif et ce qui relève des politiques publiques.
Dans cette logique toute sarkozienne, à la question de savoir s'il faut supprimer le Centre régional d'éducation populaire et de sport (CREPS) d'Ajaccio qui compte 37 salariés dont 24 titulaires payés par l'État pour un effectif de 180 jeunes en formation, soit grosso modo un intervenant pour cinq élèves, la réponse est évidemment oui. Ou bien, quinze après sa création, il aurait fallu apporter une tout autre preuve de son efficacité. Et tous les élus (de droite) qui crient à l'injustice, ne savent pas où ils crèchent.
| |
| | Le sujet vous intéresse ? Nos conseils de lecture:
 |
 |
Emu spartutu lu mari 21 € |
Résumé: Après le Cantu prufondu (I et II) distingué par la critique, la voix de Mighela Cesari revient explorer les confins musicaux méditerranéens sur les notes Mighele Raffaelli et des musiciens invités...
|
|
|
 |
 |
Pasquale de' Paoli 40 € |
Résumé: Pascal Paoli qui, toute sa vie, a signé Pasquale de’Paoli, est un personnage de l’Europe du XVIIIe siècle aujourd’hui profondément méconnu. On sait, pourtant, l’intérêt de la tentative du général de la nation corse – à la suite d’un mouvement lancé vingt-six ans avant lui – pour, tout à la fois, inscrire les ambitions de son île à l’intérieur des traités passés entre les grandes puissances pour le contrôle de la Méditerranée et établir des rapports productifs entre le monde profondément archaïque de la Corse et les grands idéaux développés par l’Europe des Lumières.
|
|
| |