Scilocca Albertini
Jean Casale, un As corse de l'aviation
(biographie)
parution août 2008
Une enfance corse
Naissance
"E maschiu ! : C’est un garçon !
Le cri a retenti dans toute la maison, sans doute poussé par la mammana, la sage-femme.
"Enfin un garçon !" s'est exclamé le père avec un soupir de satisfaction…
C’est à l’aube d’un dimanche, au temps des vendanges, le 24 septembre 1893 à quatre heures du matin précisément, qu’est né Jean Hyacinthe Casale à Olmeta-di-Tuda.
Le village est situé à la base du Cap Corse à mi-chemin entre la côte Est et la côte Ouest : à l'est, c’est la mer Tyrrhénienne, à l'ouest la mer Ligure. Cette région du Nord de la Corse qu'on appelle le Nebbiu est une large et longue plaine aux aspects variés, bordée de montagnes au relief puissant. Disposés en amphithéâtre, les villages accrochés aux côteaux contemplent la mer. Le décor est prenant, le cadre exceptionnel.
À flanc de côteau, adossé à la montagne de San Ghjuvanni qui culmine à 804 mètres, Olmeta domine le bassin creusé par la rivière de l’Alisu nommé Conca d'Oru. Les maisons sont groupées, blotties les unes sontre les autres, de façon plutôt anarchique. Il y a aussi quelques maisons de maîtres, habitées autrefois par de petits propriétaires terriens. Le village s’enorgueillit d’avoir été la résidence d’été du maréchal Sebastiani. Ce dernier avait acquis deux grandes maisons qu’il fit réunir par une tour de briques rouges dessinée par le grand architecte parisien Louis Visconti, celui-là même qui a construit le tombeau de Napoléon 1er aux Invalides. L’ensemble, entouré d’un parc caché par de hauts murs, reçut l’appellation excessive de "château".
Juste à côté du château, à l’entrée du village, se trouve la maison où est né notre héros. C’est une belle construction de taille imposante. L’entrée est située sur la place de l’église ombragée de platanes. Pas de grille ni de mur qui en interdise l’accès, juste un portail avec une imposte en fer forgé portant la date de sa construction : 1839. A l’ouest, les fenêtres s’ouvrent sur la plaine, avec au loin la mer. On devine, au fond du golfe, le petit port de pêche de San Fiurenzu dont les maisons semblent sortir des flots.
Le grand escalier central, partage la maison en deux. Elle est occupée par les frères Casale et leurs familles. A droite, vers l’église, c’est la demeure d’Albert, le père du nouveau-né, il est âgé de quarante-trois ans. Juge de paix du canton de Muratu, il a pris la succession de son beau-père Hyacinthe Vinciguerra. La mère, Rose, n’est plus toute jeune, elle a quarante ans. Le couple s’est marié tardivement. Deux jolies fillettes ont précédé Jean. L’aînée, Béatrice, future poétesse, a quatre ans, la cadette, Joséphine, qu’on appelle Fine, en a deux. On imagine la joie des parents, car en Corse, plus qu’ailleurs peut-être, on se réjouit davantage de la naissance d’un garçon que de celle d’une fille. Un fils, pour que se perpétue le nom, pour reprendre le flambeau, continuer la lignée des gens de robe et redorer peut-être un peu le blason de cette vieille famille du Nebbiu.
Albert Casale n’aura pas à aller bien loin pour déclarer la naissance de ce fils tant souhaité. La mairie se trouve en effet au premier étage dans l’aile gauche de la maison, où vit son frère Gaston avec sa nombreuse famille. Ce dernier n’est pas marié, mais il a fait six enfants à la servante, Louise Pardini, surnommée a pisana, ou encore a Gioconda en raison de sa grande beauté. Louise est la fille de lucchesi[1] misérables arrivés avec leur pauvre balluchon dans les années dix-huit cent soixante-dix. Elle est rentrée au service de la famille à l’âge de seize ans. À dix-sept ans, elle mettait au monde son premier garçon. Son deuxième, Joseph, naîtra presque le même jour que Jean, c’est-à-dire le lendemain.
Voilà près de vingt ans que la mairie a élu domicile dans ces murs après avoir quitté la maison des Vinciguerra, les parents de Rose. Le père d’Albert, Joseph-Antoine, décédé en 1887, avait exercé quelque temps la profession d’avocat et s'était même présenté à la mairie de Bastia, puis il s’était retiré à Olmeta pour s’occuper de ses propriétés. Il y exerça les fonctions de maire de 1880 à 1885. Ses trois enfants lui succédèrent à la mairie, l’un après l’autre. D’abord Pierre-Paul, le plus jeune, mort à l’âge de trente ans, laissant deux enfants qui allèrent vivre à San Fiurenzu chez leur grand-père maternel. Albert prit la suite. Mais il ne resta pas longtemps, préférant sans doute, le salaire de juge de Paix. C'est Gaston maintenant qui menait la barque. C’est donc lui qui enregistre la naissance de Jean-Pie-Hyacinthe-Paul-Jérome Casale, dans la grande salle qui fait office de mairie, sous le portrait du prestigieux aïeul, le président Pio Casale, en présence de l’instituteur Ange-Michel Orabona et du garde champêtre Jean-Baptiste Bruna. L’enfant reçoit cinq prénoms, mais on ne l’appellera que Hyacinthe, ou plutôt Ghjacintu, comme son grand-père maternel décédé quelques jours avant sa naissance. Ce prénom est très répandu en Corse, rappelons que c’était celui du père de Pascal Paoli, le héros de la nation Corse.
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