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Pierre-Henri Weber

 

 

Albiana : Vous publiez « Corsica Mare, Dauphins, baleines et cachalots de Méditerranée », un magnifique ouvrage sur les cétacés et la Corse. Quelle est la genèse de ce livre ?

 

Pierre-Henri Weber : Après environ 5 années d’expériences et de prises de photographies, l’heure était venue de les présenter au public. Le livre nous a paru être le meilleur compromis afin de toucher le maximum de personnes. Il représente aussi pour nous un aboutissement nous permettant de tourner une page et de repartir sur de nouvelles idées. La rareté des ouvrages sur les cétacés ne nous laissait aucun doute sur le bon accueil que nous réserverait un éditeur, par contre le fait que le fil conducteur soit la Corse nous imposait de trouver celui-ci dans notre région (ce que nous aurions fait de toutes manières).

Les éditions ALBIANA se sont engagées avec nous dans ce challenge dès le premier jour uniquement à la vue des photographies et nous tenons à leur toute exprimer ici toute notre reconnaissance pour la confiance qu’ils nous ont accordée ainsi que pour leur professionnalisme indiscutable.

 

Albiana : Commençons par le commencement. Quelle est la définition d’un cétacé et quelle en sont les principales figures ?

 

Pierre-Henri Weber : D’après le LAROUSSE, l’origine du mot cétacé provient du grec kêtos qui signifie grand poisson (ou plus certainement monstre marin). Il est l’ordre des mammifères marins adaptés à la vie aquatique par leur corps pisciforme et leurs bras transformés en nageoires. Cet ordre est divisé en deux sous-ordres : les odontocètes qui sont les cétacés à dents comme les différentes espèces de dauphins et les cachalots, et les mysticètes qui sont les cétacés à fanons comme les différentes espèces de baleines.

Au total, 79 espèces sont répertoriées dans ces deux sous-ordres dont sept sont réputées présentes toute l’année en Méditerranée et 6 sont régulièrement observées en Corse.

Par ordre de taille moyenne : le rorqual commun (25 mètres), deuxième plus grand animal de la planète derrière le rorqual bleu, le cachalot (18 mètres), le globicéphale noir (6 mètres), le dauphin de risso (4 mètres), le grand dauphin (3,5 mètres), le dauphin commun (2,5 mètres et qui ne s’aperçoit plus autour de la Corse depuis plusieurs années) et le dauphin bleu et blanc (2 mètres).

Albiana : Vous nous expliquez que les eaux corses sont propices en température et nourriture à la population des cétacés. Pouvez-vous, dans les grandes lignes, nous préciser quelles sont ces qualités indispensables qu’un espace marin doit détenir pour subvenir à ces animaux ?

 

Pierre-Henri Weber : Tous les espaces marins peuvent convenir à une population d’animaux. Les cétacés sont présents dans toutes les mers et océans du globe, des pôles nord et sud à l’équateur. La méditerranée abrite sept espèces principales que l’on retrouve aussi ailleurs. Toutefois, certaines d’entre elles seraient endémiques bien que leur appellation reste pour l’instant commune, les études scientifiques en cours s’efforcent de le déterminer. La méditerranée nord occidentale et plus particulièrement la mer ligure se trouvent par exemple être riches en nourriture pour les baleines pendant la période estivale et pauvre en période hivernale. Cela est le fait des variations naturelles de température et de courantologie. Dans les grandes lignes, les cétacés vivent ou se trouve leur nourriture qui elle-même se trouve dans des eaux non polluées et non surpêchées. Tout abus de notre part entrainera, ou que ce soit, un déclin irrémédiable de ces populations.

 

Albiana : Ce n’est pas d’hier que la Méditerranée accueille ces animaux. Vous nous parlez de 100 av JC à Mariana et même des représentations sur des vases étrusques d’environ 300 av JC sur le site d’Aléria...

 

Pierre-Henri Weber : Les côtes de Corse ont de tous temps accueilli différentes populations de cétacés. Depuis la plus lointaine antiquité, les civilisations méditerranéennes ont côtoyé ces animaux. Elles les ont vénérés, craints, chassés ou protégés suivant les périodes et les besoins. Comme nous l’indiquons dans le chapitre intitulé « les cétacés dans l’histoire de la Corse », de nombreuses preuves matérielles subsistent de leur connaissance par nos ancêtres.

 

Albiana : De quoi est composée la présence cétacée en Corse ? Existe-t-il des différences sensibles entre les différentes zones ?

 

Pierre-Henri Weber : Les zones accueillant des populations de cétacés sont variables et différentes pratiquement chaque année suivant la position et la quantité de nourriture qu’elles recèlent. Les grands dauphins sédentaires peuvent changer de golfe, les baleines et dauphins bleus et blancs se trouver plus ou moins loin des côtes tout comme les cachalots. Tout est question de nourriture. Les dauphins de risso et les globicéphales noirs sont tributaires des bancs de calamars qui sont, eux aussi, plus ou moins présents suivant les périodes.

 

Albiana : Combien de temps avez-vous travaillé sur cet ouvrage ? Selon quelle méthode, quelle approche ?

 

Pierre-Henri Weber : Les photographies que nous présentons représentent environ cinq années de travail en mer pendant nos temps de loisirs à deux personnes, Thierry HUGUES-CERVETTI et moi-même. La conception ainsi que la réalisation du livre par lui-même m’a demandé un an et demi. Cela peut paraître long mais il a été nécessaire de trouver un fil conducteur à l’ouvrage. En effet, il n’est pas facile d’intéresser le lecteur 160 pages durant en ne lui proposant que des photographies d’ailerons. La solution choisie a consisté en la narration sous forme de récits de certaines de nos sorties en mer durant lesquelles ont été croisées différentes espèces de mammifères marins. Chaque comportement constaté et chaque photographie s’y prêtant ont permis d’expliquer certaines caractéristiques physiques ou certains aspects du mode de vie des animaux. En ayant parcouru l’ensemble de l’ouvrage, le lecteur peut assimiler les principales informations lui permettant de mieux connaitre les cétacés, et cela, sans avoir lu une encyclopédie.

 

Albiana : Le matériau photographique de « Corsica Mare, Dauphins, baleines et cachalots de Méditerranée » est tout à fait impressionnant. Comment vous y êtes-vous pris pour approcher ces animaux ? Il y a une méthode ? Qu’est-ce que « L’œil de la mer » ?

 

Pierre-Henri Weber : Les méthodes d’approches sont expliquées dans le chapitre traitant du code de bonne conduite élaboré par le sanctuaire pour les mammifères marins PELAGOS.

La difficulté ne réside pas dans l’approche par elle-même, mais dans le repérage des animaux ainsi que dans la rapidité et la qualité de la prise de vue. Sur 10 photographies réalisées, la moitié environ est acceptable, seules une ou deux sont utilisables et pour prendre ces 10 photographies, il faudra peut-être 1 heure ou 50 heures de navigation.

Le ratio carburant/photographie est nettement en faveur de la station service.

Quant à « l’œil de la mer », il est comparable à la faculté qu’a le chasseur, par exemple, de non pas voir mais deviner son gibier à grande distance alors que vous-même ne distinguez rien du tout. L’habitude, l’adaptation de l’œil à la vision sans limite horizontale ainsi que la patience et la persévérance sont les seuls ingrédients de la recette permettant l’observation et la photographie des mammifères marins.

 

 

Albiana : Combien de photographes pour combien de photographies dans le livre ?

 

Pierre-Henri Weber : A l’exception de 4 ou 5 clichés, toutes les photographies, environ 180, ont été réalisées par thierry HUGUES-CERVETTI ou moi-même aux alentours du golfe d’Ajaccio. En dehors de la photo animalière habituelle qui permet de se faire une idée de la morphologie d’un animal, nous nous sommes amusés à réaliser des photos sur lesquelles nous sommes mutuellement mis en scène, par exemple, quand à bord du SISCO III, je suis photographié par Thierry à proximité d’un ou de plusieurs animaux. Prendre un cliché de dauphin fait rêver la plupart des gens, je vous laisse imaginer la difficulté de réussir à s’y trouver aussi soi même. Autre exemple, je tenais particulièrement à pouvoir réaliser une photographie d’un cétacé devant la cathédrale d’Ajaccio, ce fut possible au bout de trois années d’attente. Afin que le lecteur puisse prendre conscience de la proximité des animaux présentés, il est nécessaire de lui permettre de reconnaitre le site sur lequel les clichés ont été réalisés, d’où l’importance de l’angle de prise de vue et de l’arrière plan.

 

Albiana : Vous devez avoir vécu des moments exaltants. Contez-nous donc une ou deux anecdotes.

 

Pierre-Henri Weber : Certains moments de « communion » entre le navigateur et l’animal ne peuvent être racontés mais seulement ressentis. Nous sommes en mesure de vous assurer qu’il est possible d’instaurer des relations de confiance entre ces animaux et l’observateur, et pas simplement avec les dauphins mais aussi avec les baleines, ce qui peut surprendre la plupart d’entre nous. Certaines anecdotes sont relatées dans l’ouvrage, d’autres sont plus personnelles. Laissez nous garder un peut de nos « secrets » pour nous seuls.

 

Albiana : Vous travaillez dans le cadre d’une association CORSICA MARE OSSERVAZIONE. Quels en sont les buts et objets ?

 

Pierre-Henri Weber : Le principal but à atteindre est de réussir à faire prendre conscience à la population de l’urgence qu’il y a à préserver les différentes espèces de cétacés de Méditerranée. Elles sont indispensables à l’équilibre en milieu marin. N’étant pas des scientifiques, nous nous contentons d’observer et de photographier ces animaux afin de pouvoir, par la présentation de photographies ainsi que par l’exposé de notre expérience, réaliser des actions de sensibilisation du public. Ce livre en est un exemple parmi d’autres.

 

Albiana : Le volet de vos interventions auprès des scolaires vous tient sans doute particulièrement à cœur ?

 

Pierre-Henri Weber : Il est pour nous primordial. En dehors du fait qu’il permet de faire découvrir les mammifères marins aux enfants, il nous laisse la possibilité du contact direct avec tout un pan de la population. Les enfants sont notre avenir, leur éducation est la première des choses à laquelle nous sommes sensibles. Pour tout vous dire, si pour une raison ou pour une autre, nous étions obligés de sacrifier une partie de nos activités associatives, la seule qui perdurerait serait sans nul doute celle-ci. Nous y prenons tant de plaisir.

 

Albiana : Les cétacés sont le maillon le plus élevé de la chaîne alimentaire marine. Globalement dans quel état est la population à l’échelle méditerranéenne et mondiale ? Et cette chaîne alimentaire ?

 

Pierre-Henri Weber : Les différentes populations de cétacés ont peut-être été plus nombreuses hier qu’aujourd’hui, à moins que ce ne soit l’inverse. Les études et recensements, n’étant pratiqués que depuis quelques dizaines d’années, ne permettent pas encore de se faire une idée précise de la question. Ces espèces dépendent de leurs nourritures respectives et leur nourriture dépend de leur population. C’est la quadrature du cercle. Ôter le maillon des cétacés à la chaine alimentaire impliquerait sans aucun doute la disparition de nombreux autres organismes vivants, qui entrainerait de même la disparition etc… 

Il est par contre certain que depuis l’arrêt de la chasse baleinière, certaines espèces arrivées à la limite de l’extinction sont en phase de repeuplement.

 

Albiana : Et maintenant ? Des projets ?

 

Pierre-Henri Weber : Toujours des projets. Seul le temps nous manque pour les réaliser. Etant tous des bénévoles, nous devons jongler entre nos activités professionnelles, nos vies de famille et le travail au sein de l’association. A court terme, le prochain projet en est déjà au stade de la réalisation. Il consiste en la conception et la mise en place d’un programme unique en France de formation d’une certaine catégorie de personnes à l’approche et la préservation des cétacés de Corse, en partenariat avec différents organismes de formation.

A moyen terme, de nouveaux horizons devraient s’ouvrir à nous, certains organismes officiels internationaux étant curieux de découvrir nos activités ainsi que le travail accompli depuis 3 ans.

A long terme, un autre livre certainement, à moins que ce ne soit un film, ou autre chose. Qui sait ?

 

 

 

 

 

 
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