Albiana : Vous publiez « Jean Casale, un As corse de l’aviation », un très beau livre biographique sur le célèbre aviateur. Dites-nous ce qui vous lie à cet homme.
Scilocca Albertini : Je suis née dans le même village que lui, ça crée des liens. Et puis j’ai beaucoup entendu parler de lui par les anciens, dans mon enfance.
Albiana : Est-ce la première fois qu’un ouvrage lui est exclusivement consacré ?
Scilocca Albertini : Oui, sans aucun doute, j’ai écrit cette biographie pour qu’il ne tombe pas tout à fait dans l’oubli
Albiana : Après naissance et enfance à Olmeta vient le lycée à Bastia, c’est là qu’il s’initie aux joies de la mécanique ?
Scilocca Albertini : Je l’ai supposé, car sur sa feuille de mobilisation, il est écrit « chauffeur d’auto », et à cette époque un chauffeur devait connaître un minimum de mécanique, or il ne quitte Bastia qu’à la veille de la conscription.
Albiana : Vous relatez que les journaux de la fin du 19è font grande place aux premiers échos des exploits des pionniers de l’aviation transocéanique (Capazza, Santos-Dumont, Farman, Delagrange, les frères Wight, Louis Blériot...). Tous ceux qui liront ces exploits ne deviendront pas pilotes. Qu’est-ce qui déclenche la passion chez Casale ?
Scilocca Albertini : Difficile de répondre à cette question. J’ai imaginé qu’il n’a pu échapper à l’engouement des bastiais pour les débuts de l’aviation, dont la presse locale se faisait l’écho. Mais surtout les rencontres faites lors de son passage dans la cavalerie, ont du être décisives. On sait que la plupart des aviateurs ont été recrutés parmi les cavaliers
Albiana : Il est fils de notable, de sgiò. On imagine qu’à l’heure de l’armée il est affecté dans un régiment d’élite.
Scilocca Albertini : Oui, il a été affecté dans la cavalerie qui était le régiment choisi par les fils de famille.
Albiana : Quel sera son premier fait d’armes comme pilote de guerre ?
Scilocca Albertini : Le 8 juillet 1915, il abat un drachen, ballon captif ennemi
Albiana : On peut dire que durant la Grande Guerre il multiplie vols, batailles, succès... en témoigne l’impressionnante collection des décorations qu’il recevra dont le livre contient un cliché.
Scilocca Albertini : Casale a remporté de nombreuses victoires, mais toutes ne furent pas homologuées car on ne tenait compte que des appareils tombés dans nos lignes ou dans les lignes allemandes à la vue d’observateurs et sans qu’il y ait le moindre doute sur leur sort final. On lui attribue donc douze victoires officielles. Et il fut décoré une dizaine de fois
Albiana : A propos, votre ouvrage est d’une exceptionnelle richesse iconographique. Quel travail de longue haleine pour rassembler l’ensemble de ces documents. Parlez-nous donc de la genèse de votre travail et sa durée.
Scilocca Albertini : Dans les années 80 j’avais écrit une monographie de mon village. Pour cela j’avais fait pas mal de recherches, et je m’étais intéressée plus particulièrement aux gens, le livre s’appelait d’ailleurs « Gens d’Olmeta ». Dans ce village il y a trois personnage célèbres : l’écrivain Anton-Francesco Cirni, qui vivait au XVIe siècle, le Maréchal Sébastiani et Jean Casale duquel j’avais écrit l’histoire de sa famille. J’ai eu envie d’approfondir un peu plus ma connaissance du héros je suis donc allée au SHAT (Service Historique de l’Armée de Terre) à Vincennes où j’ai consulté de nombreux documents concernant la cavalerie et l’aviation pendant la première guerre mondiale, à la bibliothèque Nationale où j’ai lu beaucoup de revues de l’époque. J’ai lu aussi les biographies des héros de l’aviation compagnons de Jean Casale : Guynemer, Garros, Navarre, Vedrine etc. Combien de temps cela m’a-t-il pris ? Je ne sais pas. Quand on aime on ne compte pas…
Albiana : Après la guerre 14-18, Casale ne raccroche pas le manche. Que devient-il ?
Scilocca Albertini : Jean Casale, attiré par les compétitions aériennes rentre chez Blériot et devient pilote d’essais
Albiana : Jusqu’au tragique accident...
Scilocca Albertini : Oui, et ce n’était pas lors d’une compétition, mais d’un simple voyage pour aller chercher des personnalités
Albiana : Marseille, Bastia, Olmeta... Les hommages et les cérémonies qui marqueront sa disparition furent grandioses et fouleuses.
Scilocca Albertini : Tous les corses ont tenu à lui rendre les derniers honneurs, à Marseille où ils étaient très nombreux à cette époque et bien sur à Bastia et Olmeta
Albiana : Quelle place occupe Jean Casale (contemporain de Rolland Garros sauf erreur..) dans l’histoire de l’aéronautique ?
Scilocca Albertini : Casale comme Garros était un pionnier. Même si ses records (d’altitude et de vitesse) peuvent sembler dérisoires de nos jours, ils ont fait progresser l’aviation. Les exploits de Jean Casale sont nombreux, après ce qui fait un héros ou mieux encore un mythe c’est l’histoire, ou plus précisément ceux qui la produise...
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